[8] On s’installe en Corse #2 : Les Corses

20 août 2020

“Ah c’est sûr c’est superbe la Corse, mais tu vas voir, les Corses, ils sont pas faciles…!!” A quelques mots près, c’est ce que chaque personne m’a répondu quand j’ai dit que je partais vivre à Ajaccio. Ca y va bon train : les Corses, faut pas les embêter, ils détestent les gens du continent, les étrangers. En gros, les Corses n’aiment que les Corses et s’ils ne t’aiment pas, ils te le font savoir en faisant exploser ta maison.

Comme je ne m’arrête pas à des on-dits, j’étais curieuse de voir comment l’installation allait se passer.

Et là, sidération. Bouche-bée. Pas une seule insulte. Pas un seul mauvais regard. Pas un seul. J’vous jure, j’ai scruté, observé, écouté. Mais non. J’vous assure. Alors ça fait que quelques mois qu’on vit ici, on n’est pas à l’abri d’un coup de fusil au coin de la rue la semaine prochaine vous m’direz.

Tenez, lisez un peu ces anecdotes, vous allez voir, c’est louche toute cette histoire :

Après notre semaine de traversée, on débarque sur la plage avec nos poubelles bien remplies. On cherche rapidement un container mais rien. On se renseigne auprès de personnes sur la plage sur la localisation des poubelles. Vous savez ce qu’elles ont répondu? “Ah mais donnez-les nous, on s’en charge si vous voulez!”. On a refusé, c’était trop étrange cette gentillesse.

Il y a eu ce moment où j’ai demandé au gérant du supermarché en bas de chez nous s’il savait où je pouvais me fournir en fromage blanc de qualité. Sa réponse m’a abasourdi “ah je vais regarder si j’en trouve et on le mettra en rayon pour vous”. Je lui ai dit de ne pas s’embêter, on sait jamais, les gens sympas ça cache toujours quelque chose.

Il y a aussi eu cette fois où je remontais une rue bien pentue à pied, sous le soleil. Une voiture s’arrête à ma hauteur et une dame me lance un “Bonjour ! Vous allez où? Je peux vous amener si vous voulez, ça grimpe ici, et il fait chaud!”. J’vous jure. Incroyable. Si elle a cru qu’elle allait m’avoir comme ça.

Ils ont évolué les Corses, j’vous le dis. Faut être prudent si vous venez par là. Faut se préparer psychologiquement. C’est plus à coup d’explosif qu’ils vont vous faire fuir. Non. C’est trop old-school ça. C’est plus vicieux maintenant. Vous avez compris ce qu’ils font? Ils sont là, à être sympas, accueillants, gentils. Et du coup, vous, p’tit nouveau, vous trouvez ça bizarre. Vous vous renfermez sur vous. Vous êtes déçus de pas trouver des fous furieux prêts à vous tirer dessus. Tous vos idéaux sont bafoués. Vous n’avez aucune histoire croustillante à raconter à votre famille, à vos amis. Face à cette désillusion, vous vous demandez si finalement, vous vous y ferez un jour.

C’est pas facile tous les jours ici vous savez.

Lamia

[7] On s’installe en Corse #1 : Bon appetitu !

24 juin 2020

Après un mois, on commence à se mettre dans le bain de la vie en Corse.

Tout d’abord, et c’est un point majeur de notre bonheur ici, il se trouve dans le village (oui parce qu’ici, on dit qu’on habite au village) une petite épicerie où nous pouvons acheter des fruits et légumes cultivés ici-même. J’ai jamais mangé autant de fraises délicieuses de ma vie ! Quel joie ! On commence doucement à se délecter des tomates et autres légumes d’été juste récoltés.

En plus de ça, Bastelicaccia est connu comme étant le village aux agrumes et effectivement dans tous les jardins se trouvent des citronniers, des mandariniers et orangers. Les arbres semblent décorés de guirlandes de fruits colorés. L’hiver promet d’être divin !

En consommatrice outrancière de fromage blanc, il m’a fallu trouver une alternative locale à ce succulent produit laitier. Et c’est là que j’ai découvert le brocciu (à prononcer brouch) frais, juste fait le matin par l’éleveur. Quel délice ! Quelle merveille ! C’est un fromage typique de la région, fait à partir de lactosérum de brebis et qui peut se déguster uniquement de décembre à juin, période de lactation. C’est comme un petit nuage de félicité tous les matins. J’peux vous dire que j’en ai déjà englouti plusieurs kilos et que seule la pénurie me fera arrêter.

Une agricultrice chez qui nous nous étions rendus pour acheter (devinez quoi…) du brocciu, nous a expliqué qu’un label a été créé par les éleveurs et agriculteurs Corses, La route des Sens. Ce label atteste de la fabrication du produit par l’agriculteur. Des panneaux le long de la route indiquent la route à suivre pour se rendre chez les différents producteurs. C’est comme ça qu’on s’est retrouvé dans la cuisine d’une agricultrice produisant de l’huile d’olive à goûter une confiture de fraises au citron directement dans la bassine en cuivre pendant que son père nous expliquait les différences entre les oliviers plantés sur le terrain. C’était un vrai plaisir de voir avec quel enthousiasme ils présentent leurs produits, expliquent les différents procédés de fabrication et nous font goûter à tout ce qui peut être gouté. On est reparti de là avec les bras chargés de confiture aux fruits et herbes corses et notre litre d’huile d’olive.

En somme, on peut dire qu’on est plutôt dans notre assiette ici.

Bisous sucrés

Lamia

[6] Jour 7 : arrivée à toute berzingue

28 mai 2020

Dernière ligne presque droite : on part de la calanque Topiti direction le golfe d’Ajaccio.

Le vent souffle bien fort, une petite houle nous bouscule gentiment, on avance à grande allure !

On descend le long de la côte, jusqu’à dépasser les îles sanguinaires qui marquent l’entrée du golfe. Changement de cap pour viser Isolella, coin abrité où on laissera Felouk se remettre de toutes ces aventures. On a maintenant la houle de côté, le vent a forci, on maîtrise moins le bateau mais on fonce à toute berzingue. Jusqu’au moment où le vent gagne le bras de fer et nous fait faire un joli 180 inattendu. Elie passe près de la décapitation par coup de bôme, mais on s’en sort vivant et on repart avec humilité et des toutes petites voiles pour avancer moins vite.

On met l’ancre dans une baie à l’eau turquoise. Ça y est. Felouk est Corse.

Maintenant c’est l’heure de la sieste, et de manger un gros bol de brocciu.

À bientôt pour de nouvelles virées ventées !

Lamia

[5] Jour 5 et 6 : Terre en vue !

26 mai 2020

Réveil à l’aube pour un départ aux premières lueurs. On met le cap direction Ajaccio, et on profite d’un vent parfait jusqu’à 18h.

On a eu le temps de contempler l’horizon, de voir passer avec dégoût un porte-conteneurs laissant derrière lui une traînée verdâtre dans le ciel, de chercher la baleine sans apercevoir la moindre nageoire, d’admirer une meute de dauphins venue nous saluer (même si j’me suis fait disputer par le capitaine parce que je gardais pas le cap), de se dire que « quand même c’est bizarre qu’on n’ait toujours pas de poisson… », de sentir la bonne odeur du pain cuisant au four et de faire la sieste en prévision de la nuit de navigation.

Cala Topidi, au Nord d’Ajaccio

On s’est ensuite relayé comme la première nuit toutes les 2h sauf qu’on est passé au niveau au-dessus : éviter les ferrys effectuant la traversée Corse-continent. Déjà que je confonds les étoiles avec des bateaux, c’était pas gagné…! Tout ça avec le ronron du moteur car le vent nous a lâché pour la nuit.

Le lever du soleil derrière l’île a confirmé que nous étions sur la bonne direction. 30h après le départ, Felouk est à l’ancre dans une crique au-dessus d’Ajaccio pour passer l’après-midi et la nuit.

Et comme ça ne leur suffit pas, les athlètes m’accompagnant en ont profité pour faire un tour d’annexe et une jolie session grimpe sur la roche au-dessus de l’eau. La belle vie.

Demain, dernière étape : trouver un endroit pour laisser Felouk au calme.

Bisous bronzés

Lamia

[4] Jour 4 : vroum vroum

24 mai 2020

Départ du mouillage vers 10h pour relier le port de Porquerolles afin de faire le plein de flotte.

On pensait y être en 3-4h, on en a mis 6. On a changé les réglages des voiles au moins 1000 fois pour finir au moteur. Échec.

On a mis notre voilier au milieu des supers yachts (et leur Desperate Housewife) du port de Porquerolles le temps de remplir la cuve, puis direction la petite crique paradisiaque à l’eau turquoise pour un plouf bien mérité.

Là, Elie s’est trouvé une passion pour le rallye d’annexe (malgré un démarrage quelques peu tumultueux où un enfant a failli perdre la tête, mais ça progresse), et a vidé le réservoir du moteur en faisant des tours sur lui-même. On s’est retrouvé à pagayer pour rentrer avec Colin.

Ah, et toujours pas de poisson au bout de la ligne.

Demain départ des l’aube pour Ajaccio. Ça promet.

Bisous salés

[3] Jour 3 : ah qu’est-ce qu’on s’marre !

23 mai 2020

Réveil et petit déjeuner dans la calanque ensoleillée, avec les mouettes en fond sonore.

Quelques heures de navigation plus tard, alors qu’on reprenait du poil de la bête après cette péripétie, la houle s’est levée et le vent a faibli. Tout ce qu’il faut pour une traversée tout en nausées. On a rejoint un mouillage dans une calanque à l’abri du vent mais pas de la houle… Ca ballotte sévère !

Pour finir la journée en beauté, nous avons découvert que nous n’avions plus d’eau douce dans le réservoir. Ça promet pour demain! Ah, l’aventure…

Demain, direction Porquerolles pour récupérer de l’eau et du fromage blanc. L’essentiel.

Bonne nuit!

Lamia

[2] La première traversée : jour 1 et 2

22 mai 2020

Comme prévu, nous avons hissé les voiles au matin à la sortie du port de Gruissan pour entamer notre magnifique traversée cap 90°, à tenir jusqu’à Marseille, tout en pêchant à la traîne. Facile, n’est-ce pas?

Tout ne s’est pas vraiment passé comme prévu, évidemment.

Alors qu’on s’émerveillait devant le spectacle que nous faisaient les mouettes au-dessus d’un supposé banc de poissons, un énorme thon a surgi de l’eau (surnommé Fatiboom depuis lors) comme pour dire que lui aussi venait se ravitailler. Et effectivement, il s’est délecté de l’appât de notre ligne, le bougre!! Du coup, pas de ceviche de maquereaux au menu pour ce premier jour.

Ensuite, notre route a été bloquée par un filet de pêche interminable. On l’a longé un bon moment en déviant de notre cap. On a fini par tenter de croiser ce filet, et heureusement pour nous, on a filé sans soucis.

Bon an mal an, on a continué notre route au soleil. Une petite sieste par-ci par-là pour se préparer à la nuit de quart qui nous attendait. Au dîner pour se donner des forces on a ouvert un bocal de chili con carne préparé il y a un mois. Quel bonheur !

Le soleil s’est couché, Colin a commencé son quart de veille pendant qu’Elie et moi sommes allés dormir. À minuit, j’ai pris la relève de Coco le capitaine jusqu’à 2h. Le ciel était comme je ne l’avais jamais vu auparavant, parsemé de milliers d’étoiles, certaines plus brillantes que d’autres, certaines filantes. La voie lactée s’étendait sur toute une partie du ciel. Un moment magique.

On s’est relayé de cette manière jusqu’à 6h, au lever du soleil. Là encore, le spectacle était dingue! Le ciel s’est teinté de mille couleurs. Je ne peux pas les énumérer ici car j’avais à cet instant beaucoup trop faim pour me concentrer.

On a pris un petit déj et on a poursuivi la route pour arriver vers 13h sur l’île Riou, soit 29h après notre départ.

Ici, repos mérité, baignade, balade sur l’ile et aquarelle 😉

Bisou tout le monde!

Lamia

[1] « Déplacement pour motif familial impérieux »

18 mai 2020

Ça aura été notre rengaine pendant deux mois, d’abord pour déménager nos affaires en voiture et ferry jusqu’à Ajaccio, puis pour rapatrier notre bateau, le magnifique Felouk.

Le périple va donc consister dans un premier temps, pour ma part, à rejoindre le reste de l’équipage à Gruissan : Colin, au poste de capitaine et Elie à celui de moussaillon motivé. Ces chanceux s’entraînent et font connaissance avec Felouk depuis une semaine déjà.

Quant à moi, matelote première étoile, je suis toute excitée à l’idée de cette traversée et de partager ce moment avec eux. Le large, le vent… ça me fait rêver ! (En tout cas sur le papier…)

Le trajet que l’on a prévu part donc de Gruissan pour arriver vers Toulon. L’idée est de se trouver un mouillage sympa à Porquerolles ou Port-Cros pour se poser et récupérer de la traversée qui met environ 27h.

Puis, quand la météo et les forces sont au beau fixe, on prend le large direction Ajaccio. Là encore ce sont une petite trentaine d’heures de navigation nécessaires.

Pour se préparer au mieux, on a investi dans des vêtements spécialisés bien chauds et imperméables, des bottes en cas de mauvais temps mais surtout on a préparé un menu pour se régaler à bord. Parce que Colin il a dit “à bord, il faut beaucoup manger!” et si c’est le capitaine qui le dit… Quelques bocaux maison n’attendent que d’être ouverts et sinon on cuisinera au fur et à mesure. Elie, maître boulanger à ces heures perdues et pêcheur en formation, saura (ou pas) ravir nos papilles. De mon côté, l’objectif culinaire est de placer un ou deux légumes par-ci par-là histoire qu’on finisse pas tous avec une prescription de laxatifs à la fin de la semaine.

J’vous raconte la suite au prochain épisode 😉

Bisous tout le monde !

Lamia